Comme de nombreuses histoires, la notre a commencé dans un journal de petites annonces. Au milieu de toutes ces offres aguicheuses et silhouettes félines, je t’ai remarqué, discrète.

Tu ne fais pas dans la débauche, je l’ai senti tout de suite, j’aime ça. Pas de maquillage. Quelques rares lignes pour décrire la tienne, des mots choisis avec soin. J’ai senti que tu deviendrais une attache, mon amie, mon pote.
Avec toi il m’est arrivé d’hurler.
De pleurer, de jouir, de dormir,
de rire aussi.
Avec toi il m’a été permis de vivre, surtout.
J’ai déménagé, tu étais là. Soufflante et souffrante sous le poids des effets impersonnels. Tu as transporté ma vie d’un endroit à un autre, sans faire de commentaire. Sans me dire si je faisais un connerie. Tu étais là et tu m’a aidé, c’est tout.  En retour je t’ai emmené dans un vulgaire restau, au bord d’une autoroute sans teint. Tu as compris que j’étais crevé, qu’on ferait mieux plus tard. Tu ne t’es pas offusquée, tu n’es pas difficile et ça aussi j’aime bien.
Cinq ans. Il nous a fallu 5 années de travail acharné pour venir à bout de ce projet fou. Construire une maison. Avec ses mains, sa tête, ses nerfs. Quelques milliers d’aller retours, de chargements, déchargements. Des horaires inavouables, quelque soit la météo, mon humeur, les mauvaises surprises.
Tu as tellement de bonne volonté et d’astuce qu’on a porté ensemble des mètres cubes d’isolant, des tonnes de graviers, des centaines de mètres de charpente, une bétonnière une baignoire des tuiles…
Encore aujourd’hui, lorsque je regarde nos photos, c’est impensable.
Bien sûr, il y a eu toutes ces magnifiques escapades. On n’allait pas se laisser abattre par le placo !
Te souviens-tu d’une de nos nombreuses ascensions du Lautaret, de nuit en plein hiver ?
Des mètres ! Il y avait des mètres de neige. Le vent soufflait tellement fort qu’il nous faisait glisser d’un coté à l’autre de la route gelée. Il fallait afficher une dérive, comme en avion !
On ne voyait rien.
Nous étions seuls, devant le chasse neige. Et effectivement nous nous sommes demandés ce que nous faisions là. Une sorte d’exploit personnel, futile et éphémère. Nous étions des explorateurs.
Parfois nous avions de belles galères. Comme cette fois ou par excès d’orgueil je nous ai planté dans un bas coté d’une route enneigée (encore) et j’ai du sacrifier ma slack et deux-trois mousquetons d’escalade pour te sortir de ce mauvais pas.
Cette fois encore ou nous nous amusions, comme deux adolescents sur le parking d’un vulgaire centre commercial au sud de Paris. A nous prendre pour des champions de rallye sur la surface couverte d’une épaisse couche de neige. Et oui, je te vois sourire. Ca ma couté 2 jantes et un parallélisme. Il faut dire qu’il était bien caché, ce trottoir !
Bien sûr tu as eu tes humeurs. Qui n’en n’a pas ? Cet embrayage fragile qui a implosé en passant Auxerre, sur la voie de gauche de l’autoroute. Tu aurais pu choisir un autre moment pour nous faire une scène de pignons.
Ces trois bris de glaces, en moins d’un an, qui nous ont valu une injuste éviction de la gmf et un petit tour chez la fille aux gros seins d’SOS malus. Ces trois années de punition nous ont couté bien cher, mais il fallait  rouler encore et écrire nos aventures !
Et on ne regrette rien, non ? Les virées à Rigny pour aller faire un coup de parapente, les sorties VTT, les participations à tous ces trails estivaux sur lesquels tu m’offrais le gite et le presque couvert.
Ces fois où, moqueuse, tu me faisais remarquer que j’avais du plâtre sur mon uniforme, en partant bosser. Tu me laissais un petit souvenir pour que je pense à toi. C’était ton post IT sur le frigo.
Et puis ensemble nous pouvions réfléchir. Tu m’offrais un écrin hors du temps pour laisser mes pensées diverger. Quand je rentrais malheureux au milieu de la nuit, les yeux embrumés par un coeur chahuté, tu prenais soin de moi et m’empêchais de rouler trop vite…
Après toutes ces tempêtes, ces paysages incroyables, ces silences…. tu as décidé qu’il était temps d’y mettre un terme. De rester sur tous ces souvenirs magiques. Peut être avais tu peur que je me lasse ou que je prenne conscience de ton âge. Permet moi de te dire que, même si je respecte ton choix, je t’aurais accompagné jusqu’au bout. Tout ce que tu représentes ne pourra jamais vieillir puisque ce sont des pensées mêlées de sensations au creux de mon esprit.
J’ai surtout appris grâce à toi ce qui fait la beauté d’un objet.
Ce n’est pas toujours l’objet en lui même mais surtout ce que nous en faisons.
Adieu, Joy Machine !
 

6 Responses to Adieu, Joy Machine !

  1. laurent dit :

    toutes mes condoléances

  2. nath dit :

    Elle avait tout d une grande….!

  3. taillefer dit :

    C’est drôle ça hier j’ai eu comme un pressentiment et une pensée pour elle sur le parking des trois Pignons à Bleau avant d’attaquer les Bosses…car il faut dire qu’au milieu des combis des grimpeurs et autres voitures elle en jetait avec son petit nom !
    C’est une nouvelle tranche de vie qui commence ;-)

  4. NATH dit :

    Elle avait tout d’une grande, la Joy Machine !!

  5. Poire-citron dit :

    ADIEU…..
    Et MERCI….!!!!!!!!!!!!

  6. mamiefrrance dit :

    Merci Joy machine ! Malgré toutes ces aventures tu as su le protéger!

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